Rencontre avec Hervé Knecht sur l’Entrepreneuriat Social, mardi 23 novembre 2010
Florian F. | Actualité 2010/2011, Café Découverte | Vendredi 26 novembre 2010Hervé Knecht, entrepreneur social, créateur de Flandre Ateliers, président du groupe Alter Eos et représentant du Mouvement des Entrepreneurs Sociaux dans la région Nord-Pas-de-Calais.
La première fois que je suis venu dans les locaux de Flandre Ateliers, c’était à l’occasion de la réunion régionale de rentrée du Mouvement des Entrepreneurs Sociaux (Mouves). J’y suis allé avec une idée en tête : découvrir concrètement l’entrepreneuriat social et le Mouves.
M.Knecht m’a fait part de son expérience en tant qu’entrepreneur social et m’a fait visiter Flandre Ateliers, une entreprise qui emploie près de 300 personnes « fragilisées ». Une heure plus tard, je ressortais de ce lieu avec l’envie d’entreprendre, l’envie de donner du sens à ma vie et à ma carrière. Dans mon esprit, Flandre Ateliers avait changé : ce n’était plus qu’un simple lieu, c’était devenu un non-lieu, une utopie.
Ce que j’ai apprécié chez Hervé Knecht est qu’il a su mobiliser son humanisme et son audace entrepreneuriale pour rendre mobiles des hommes ayant une mobilité fragilisée, tout en s’élançant vers une démarche génératrice de sens. Ainsi, Il a développé un art de la mobilité dans son projet d’entreprise sociale.
Fils d’un père entrepreneur et d’une mère médecin du travail, sa vocation semblait être toute trouvée. Au départ, il réalise que personne ne prend en charge les individus qui ne sont pas assez handicapés (pas assez mobiles pour pouvoir s’insérer dans le monde du travail et trop mobiles pour être pris en charge par les services médicaux-sociaux). Il a eu envie de faire changer cette situation configurée par défaut, en créant une entreprise où « tout processus de production est décortiqué pour être accessible aux personnes en situation de handicap ». Sa démarche a été de ne pas regarder le handicap, mais les compétences et le potentiel d’un individu.
En effet, l’investissement en formation est le moteur de Flandre Ateliers, qui a frôlé le dépôt de bilan et qui a du se reconvertir à plusieurs reprises, très rapidement, passant d’une activité industrielle à une activité tertiaire. Le moteur de cette entreprise repose paradoxalement sur la fragilité des personnes qu’elle emploie. En effet, la fragilité singulière est acceptée de tous ; elle fédère les collaborateurs, crée du sens et de la solidarité entre eux.
Pour M.Knecht, la mobilité est avant tout intellectuelle, c’est une aptitude à valoriser des compétences, à les optimiser et à les faire vivre. Cette forme de mobilité permet de dépasser la logique prématurée selon laquelle l’entreprise aurait intérêt à poursuivre la rentabilité économique de manière aveugle, sans se soucier des problèmes sociaux. Là où l’entrepreneur classique voit dans le fait d’employer une personne handicapée une prise de risque, M.Knecht voit une opportunité. Finalement, la différence repose sur un clivage culturel, que l’on pourrait résumer en comparant l’expression : en français, « prendre un risque » devient « take a chance » en anglais.
Cette première rencontre avec M.Knecht m’a encouragé à poursuivre le sens de la mobilité à travers l’entrepreneuriat social. Quelques semaines plus tard, j’assistai au Premier Congrès du Mouvement des Entrepreneurs Sociaux à Paris, où je rencontrai à nouveau M.Knecht et d’autres personnalités telles que Jean-Marc Borello (président du Mouves, déléguée général du groupe SOS), Philippe Frémeaux (directeur de la rédaction d’Alternatives Économiques), Jacques Defourny (Président du réseau EMES, directeur du centre d’économie sociale à Hec-Université de Liège). Une fois encore, je ressortis transformé, et j’écris alors mon sens de la mobilité :
« Si la mobilité présuppose une faculté physique (motilité) et/ou psychique, traduisant l’expression de la Volonté, son essence repose sur l’Art de la mobilité : un concept qui préviendrait le risque de figer la mobilité dans une idée, et qui, avantageusement, nous permettrait de penser la mobilité dans son ensemble, voire la mobilité qui se meut. »
En conclusion, l’économie sociale n’est pas une Autre Économie. Elle n’est pas un monde de bisounours qui prétendrait remettre au goût du jour l’illusoire promesse communiste d’hier. L’entrepreneuriat social doit prendre en considération la nécessité du marché (le souci de performance économique et d’innovations) et la nécessité du politique (protection sociale, intérêt du plus grand nombre, viabilité de la nation). L’entrepreneuriat social peut donc participer à faire vivre la démocratie en tant qu’il peut suggérer un exemple de projet de société et de gouvernance.










