Table ronde Philolab : « Vers un management philosophe ? »
Mathieu Spielmann | Actualité 2010/2011, Projet Mobility Planet - Créatinove | Jeudi 25 novembre 2010
Le management est aujourd’hui dans une situation de crise. C’est dans ces moments de doute et de remise en cause des évidences que la réflexion philosophique peut aider à trouver des solutions ou tout du moins des pistes pour sortir de cette situation. D’où l’idée de cette table ronde à l’initiative de l’association Philolab qui réunissait le jeudi 18 Novembre, dans le cadre de la journée internationale de la philosophie à l’UNESCO, plusieurs philosophes pour réfléchir sur l’utilité d’introduire la philosophie dans l’enseignement de la gestion. Que serait alors une philosophie du management ?
Guislain Deslandes, docteur en philosophie et enseignant en sciences de gestion à l’ESCP, nous a fait part de la nécessité d’introduire la philosophie dans le management, qui aurait pour but à long terme d’amener à une éthique managériale plus poussée afin de lutter contre certains comportements déplorables dans le monde des affaires.
M. Deslandes estime que la société actuelle est une société qui est en quête soit du profit, soit du pouvoir, et que la seule manière de dépasser cette façon de penser est d’introduire une philosophie du management.
L’entreprise d’aujourd’hui manque totalement d’éthique, ce qui a mené les économies dans une situation de crise comme on a pu le constater en 2008. C’est pourquoi le sentiment général est aujourd’hui celui d’une faillite des élites intéressées dans la seule possession de richesses et non dans l’avenir de la nation comme ce pouvait être le cas auparavant.
Si l’on veut que le manager puisse prendre en compte des intérêts élargis, il faut transformer sa formation. Il faut donc repenser la formation du manager, introduire la philosophie qui permet la structuration et le décloisonnement et de ce fait le manager pourra faire preuve d’esprit critique par rapport à ce qu’il fait tout en essayant de maximiser la productivité et les profits de son entreprise.
C’est pour cela que selon lui, il faudrait imposer une philosophie de l’entreprise, pour recadrer les objectifs et socialiser l’entreprise. Mais imposer une philosophie dans une entreprise qui a déjà sa façon sa propre culture d’entreprise est assez difficile alors que l’on veut que la philosophie soit ancrée dans le management et pas seulement un complément. C’est pourquoi le changement doit s’opérer dès la formation des managers, dans les écoles de commerce, à travers des cours de Management éthique. Cette idée fût avancée par M. Patrice Cailleba, docteur en philosophie et professeur de management à l’ESC PAU. Ces changements apparaissent progressivement dans les grandes écoles mais de tels cours ne sont pas encore assez répandus.
On peut enfin mettre en avant l’intervention de M. Schumacher, qui a mis en place des journées de formations philosophiques pour les managers qui souhaitent prendre du temps pour réfléchir sur eux mêmes. Ces formations comprennent trois éléments :
- Une intros
pection : afin de mieux se connaitre et de prendre conscience de ses propres valeurs.
- Une problématisation : un questionnement qui permet de remettre en cause ce que nous avons l’habitude de penser ou nos manières d’agir.
- une incitation à être plus à l’écoute des autres.
Ces formations montrent bien la nécessité d’une prise de recul sur ce que l’on fait, et donc la nécessité de prendre du temps.
Mais introduire une initiation philosophique dans les ESC a-t-il un sens profond alors que l’entreprise ne se préoccupe pas de cette dimension ? Les entreprises accepteront-elles cette nouvelle philosophie de l‘entreprise ?
Et vous ? qu’en pensez-vous ?
Pierre Picard, Jean louis Domingues, Mathieu Spielmann, Linda Nouira, Clara Weill-Raynal
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